02.08.2009

Allocution du 1er Août à Aire-La-Ville

Les autorités d’Aire-la-Ville m’ont fait l’honneur de m’inviter à prononcer l’allocution du 1er août dans leur commune. Voici le texte que j’avais préparé ; l’allocution a suivi les points essentiels de ce texte, même si rarement la lettre.

 

 

 

Allocution du 1er août à Aire-la-Ville

Jesús Martin-Garcia  

 

 

Je suis très ému d’être avec vous ici ce soir. Je suis ému pour trois raisons

 

D’abord Je m’appelle Jesús Martin-Garcia, et comme mon nom l’indique clairement, je suis d’origine … genevoise. Même si pas d’origine allobroge, ou alors allobroge du sud.

Votre invitation ce soir témoigne d’une tradition séculaire à Genève d’accueillir de nouveaux citoyens qui y viennent pour s’intégrer, pour travailler, pour y élever une famille en respectant la loi. Genève a toujours été ouverte aux gens qui ont la volonté de s’intégrer dans cette magnifique communauté qu’est la nôtre. Et je vous remercie d’avoir renouvellé cette tradition ce soir.

 

Ensuite, je suis ému car c’est mon premier discours du 1er août. Et je n’aurais pas pu choisir de meilleure commune pour faire ce discours. Partager ce moment avec des citoyens qui vivent dans un cadre naturel magnifique, qu’ils veulent préserver. Dans notre belle Champagne genevoise qui m’est très chère, car elle incarne pour moi la notion de « développement durable ». Alliant progrès économique et responsabilité sociale et environnementale.

 

Car il est essentiel que nous gardions cette notion de progrès et de responsabilité, car les termes de « développement durable » sont souvent pris en otage par des extrémistes qui les trouvent à la mode.

 

Regardez par exemple le référendum contre l’extension de l’OMC. On utilise la notion de développement durable pour s’opposer à une extension qui nous coûte 8 mètres de gazon, à 33 mètres du bord du lac. On met en péril l’image de la Genève Internationale, pour 8 mètres de gazon à 33 mètres du bord du lac ! Et cela à travers un référendum pour lequel plus de la moitié des citoyens de notre canton, comme vous, comme moi, ne pourront pas s’exprimer. C’est affligeant ! Comme nous ne pourrons pas mettre notre voix dans l’urne pour cette votation, j’espère que nous serons nombreux à élever nos voix pour contribuer à balayer ce référendum.

 

Je suis enfin et surtout ému d’être avec vous ce soir, parce qu’aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours été très touché par la lecture du pacte fédéral. Ce pacte contient des valeurs essentielles qui me font aimer notre pays, et qui me donnent une confiance inoxydable dans son avenir. Ce texte porte des valeurs novatrices, qui n’ont pas pris une ride, et qui doivent encore nous inspirer aujourd’hui

 

Courage

 

Dans une période trouble qu’était la fin du XIIIème siècle, où les grands seigneurs féodaux essayent d’assoir et étendre leurs possessions,  « la malice des temps » dont parle le texte, une communauté de campagnards a décidé de s’unir pour défendre ce qu’ils considèrent comme étant leurs droits inaliénables, dans le but d’assurer la paix et la prospérité de leur communauté.

 

Face à la famille Habsbourg, l’équivalent d’une grande puissance de l’époque, ils prêtent serment de défendre ces droits « de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, sans ménager ni leurs vies ni leurs biens » … C’est un serment courageux. Un serment qu’ils savent lourd de conséquences. Et qu’ils devront effectivement assumer, 24 ans plus tard, à Morgarten lorsque 1 500 confédérés suisses repoussèrent les troupes du duc Léopold Ier d'Autriche, seigneur de Habsbourg.

 

 

Innovation par son humanisme

 

Au milieu d’une Europe en pleine période de servage, où l’on sort à peine des ordalies, le Pacte Fédéral comporte un humanisme tout à fait novateur

 

Ce texte définit simplement, mais clairement, ce que ces campagnards estiment être leurs droits légitimes, inaliénables. En pleine période féodale, ils se proclament des droits d’hommes libres, et cela pour tous les habitants de leurs vallées :

  • Le droit à l’intégrité de leurs vies et de leurs biens
  • La solidarité de tous envers chacun contre le vol, le crime ou l’injustice
  • le droit d’être jugé par l’un des siens
  • les moyens de maintenir la paix intérieure  avec « les plus sages des confédérés qui doivent intervenir en médiateurs pour apaiser le différend de la façon qui leur paraîtra efficace ».

Ce texte établit même une procédure d’entraide judiciaire entre les trois vallées en cas de crime. C’est Schengen 700 ans avant la lettre.

 

 

Innovation par son caractère profondément démocratique

 

Le seul grand précédent historique à ce Pacte au moyen âge de texte est la Magna Carta 1215, imposée par les barons anglais au Roi Jean Sans Terre. Mais là, il ne s’agit pas de barons jaloux de leurs privilèges par rapport au Roi.

 

Ce texte n’est pas fait au nom des seigneurs de ces 3 vallées, les sceaux apposés le sont par « les gens de la vallée d'Uri, la Landsgemeinde de la vallée de Schwytz et celle des gens de la vallée inférieure d'Unterwald». Engagement des citoyens, des gens simples, pour conférer des droits a des gens simples, pas à des privilégiés.

 

Le Pacte de 1292 comme source d’inspiration en période difficile

 

Ce serment est la réponse courageuse d’une communauté, empreinte de valeurs humanistes et démocratiques dans une période de menaces, de grande incertitude.

Ces valeurs devraient nous inspirer aujourd’hui, alors que notre communauté affronte aussi une période de menaces, et de grande incertitude.

 

Nous vivons aujourd’hui la pire crise économique depuis près d’un siècle, des changements structurels importants, comme la globalisation des biens et des services qui touchent tous les secteurs de notre activité, sans oublier la menace d’une grave crise énergétique et climatique.

 

Nous sommes dans une société où beaucoup ont perdu leurs repères sociaux et familiaux. Dans un monde où la recherche du profit individuel nous a conduits à des aberrations telles que la spéculation effrontée qui a été au cœur de la crise financière récente.

 

Enfin nous les Suisses passons un grand moment de solitude et d’isolation par rapport à nos voisins et alliés traditionnels. Il est très dur pour nous de voir un Kadhafi planter sa tente dans des parcs de châteaux français, ou assister à un G8 en Italie, alors que deux de nos compatriotes sont retenus contre leur gré en Lybie. Est-ce que Kadhafi serait aussi reçu dans ces pays si ces otages étaient allemands ou britanniques ?

 

Dans ce contexte difficile, il est légitime d’avoir des doutes.

 

Mais je suis convaincu que Genève et la Suisse peuvent sortir grandis de la crise actuelle, de cette période d’incertitude, car nous avons toujours en nous les valeurs exprimées dans le Pacte, et c’est en les affirmant que nous allons réussir. C’est en affirmant nos valeurs de courage, de démocratie, et d’humanisme que nous devons aller de l’avant.

 

Regardez le secret bancaire. Celui-ci n’a pas été mis en place pour que Johnny puisse vivre à Gstaad. Le secret bancaire est avant tout une expression de la volonté de liberté des citoyens suisses, qui ne veulent pas que leur administration puisse avoir accès à leurs informations sans passer d’abord par une procédure judiciaire. C’est un de nos droits, qui nous protège ! Il est vrai que des citoyens d’autres pays qui n’ont pas ces mêmes droits sont attirés par notre système. Cela c’est normal, c’est bien. Alors il est possible que d’autres aient abusé de ce système, en commettant des actes illicites dans des pays tiers, et qu’ils en payent les conséquences aujourd’hui. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ! Ce principe qui nous protège vous et moi est une de nos libertés inaliénables, que nous devons avoir le courage de conserver par amour de liberté et parce que notre démocratie nous le permet ! 

 

 

La capacité d’entreprendre pour aller de l’avant

 

Une autre valeur fondamentale du Pacte Fédéral est son caractère novateur ; ce texte est profondément innovant. Et je pense aussi que c’est une des valeurs qui est encore en nous et qui va nous permettre de sortir grandis de la période d’incertitude que nous traversons.

 

Permettez-moi de balayer une idée reçue comme quoi nous ne serions plus une société innovante. C’est faux. Je peux témoigner de l’extraordinaire dynamisme de Genève et de sa région dans le domaine entrepreneurial. Je travaille bien sûr depuis plus de 15 ans dans le domaine des hautes technologies, un domaine magique pour certains, inquiétant pour d’autres. Mais les PMEs dites « technologiques » sont des PMEs comme les autres, qui doivent innover pour assurer leur continuité. Et innover, c’est quelque chose que nous savons faire en Suisse.

 

Je peux vous donner l’exemple d’Eclosion. Nous avons mis en place il y a six ans une plate-forme qui permet aux chercheurs de notre région qui font une découverte dans le domaine de la médecine humaine, de venir tester s’il est possible de développer des nouveaux produits basés sur leurs découvertes. L’objectif est de transformer les découvertes de nos chercheurs en valeur économique et en emplois . Les moyens mis en place: un original partenariat public-privé réunissant aussi bien Canton qu'industriels et académiques. Le résultat aujourd’hui, huit nouvelles entreprises, développant des médicaments extrêmement innovants, et qui démontrent que nous avons ici, chez nous, tout ce qu’il faut pour innover, lorsque nous nous en donnons les moyens.

 

C’est pour cela que j’ai été à l’origine du projet de Loi sur les « Jeunes Entreprises qui Développent des Innovations »  ou « JEDI », un projet de Loi déposé avec mon ami Guillaume Barazzone et l’appui du Département de l’Economie et de la Santé présidé par Pierre-François Unger, pour simplifier la vie de nos jeunes entreprises innovantes en diminuant leurs contraintes administratives et fiscales, et cela quel que soit le domaine dans lequel elles innovent, technologique ou non.

 

Comme vous pouvez le constater, je suis profondément optimiste sur le futur de Genève et de la Suisse. Armés de nos valeurs, de nos traditions, celles même qui se trouvent déjà exprimées dans ce Pacte que nous célébrons aujourd’hui, portés par notre capacité à innover, nous pouvons et devons nous donner les moyens de construire un futur brillant

 

J’en suis convaincu, et je vous remercie de m’avoir honoré ce soir en me permettant de partager avec vous ces convictions

 

 

 

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Commentaires

Bonjour Jesus,

Bravo pour ton discours qui démontre que des valeurs séculaires sont toujours d'actualité et n'empêchent pas de se projeter dans le futur.

Bonne chance pour cet automne !
Guy Tornare

Ecrit par : Guy TORNARE | 03.08.2009

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